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Celui qui contrôle l’infrastructure, contrôle internet

Dans de précédents articles, je vous expliquais comment était constitué le réseau internet (des câbles sous-marins au maillage territorial au niveau local). Il repose sur une infrastructure qui reste à la charge des États, car coûteuse à mettre en place et à entretenir.

La neutralité du net n’est qu’une illusion

La loi interdit aux opérateurs de réduire ou d’augmenter le débit selon l’usage ou le contenu consulté en ligne. C’est ce qu’on appelle la neutralité du net. Des associations de consommateurs veillent au grain pour que celle-ci soit respectée, comme La Quadrature du Net en France.

Mais internet n’est pas pour autant un outil neutre. Car si ce qui passe dans les câbles est immuable, les tuyaux, eux, sont vulnérables. Les États peuvent décider de les couper, et déconnecter ainsi tout ou partie de leur territoire.

C’est ce qui s’est passé récemment en Inde. Le gouvernement indien a suspendu internet dans le Cachemire, afin de “casser” les velléités d’autonomie de cette région du nord. La Cour Suprême indienne a contesté cette coupure de réseau et le Premier ministre Narendra Modi a dû le rétablir. Mais, peu importe, internet a bien été débranché dans le Cachemire pendant quelques jours parce que ses habitants s’opposaient à l’État…

Et ce n’est pas un cas isolé. Avant l’Inde, il y a eu le Cameroun. En 2017, Paul Biya, le président camerounais, avait ordonné la coupure d’internet dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest. Depuis plusieurs mois, la minorité anglophone qui y vivait contestait la mainmise du pouvoir francophone et mutlipliait les appels à la grève.

Paul Biya, président du Cameroun, a coupé internet dans une partie de son pays en 2017

Les coupures des moyens de communications ne sont pas les seules armes politiques qu’offrent internet aux États. Ailleurs, la méthode la plus courante reste le filtrage du réseau. Dans de nombreux pays, certains sites sont inaccessibles. C’est le cas en Chine, en Iran, en Arabie Saoudite, en Corée du Nord, au Kazakhstan, etc… Dans l’Empire du Milieu, les GAFA sont bannis, remplacés par les BATX (Baidu Alibaba Tecent et Xiaomi).

S’il est toujours possible de contourner cette censure avec des VPN, ce n’est pas le cas en Russie. Plutôt que de filtrer internet, Moscou a carrément créer son propre réseau : Runet. L’année dernière, lors d’un test, la Russie a donc passé quelques heures totalement déconnecté du web mondial.

Comme le téléphone, les routes ou le rail, internet est un service public régalien

Les moyens de communications sont, comme l’énergie, l’eau potable, le recyclage des déchets domestiques (et des eaux usées), des services publics. Les États et les collectivités territoriales ont pour mission de les mettre au service de leur population.

Internet a un point commun avec le téléphone, le réseau hertzien de la TV, les ondes radios ou la 5G (bientôt) : tous sont des services immatériels qui reposent sur des infrastructures physiques (fibre optique pour internet, pilonnes électriques, fourreaux enterrés et lignes de cuivre pour le téléphone, émetteurs, antennes relais et récepteurs pour la TV et la radio). Ces télécommunications sont placées sous la tutelle d’un Ministre ou d’un secrétaire d’État, qui a pour prérogatives d’en prendre soin.

Mais les États n’ont pas les moyens d’entretenir ces réseaux seuls. Car cela demande d’allier des compétences techniques et du matériel de pointe à du génie civil. Ils font donc appel à des consortiums d’entreprises privées dans le cadre de PPP (Partenariat Public-Privé) ou de DSP (Délégation du Service Public). Voir mon article sur le sujet.

En plus d’être le donneur d’ordre et celui qui signe les chèques, l’État détient également le pouvoir législatif. Il peut soumettre les opérateurs télécoms à sa volonté politique. C’est ce qui s’est passé en Inde ou au Cachemire, où les gouvernements les ont contraints à couper internet à leurs abonnés.

Vous l’avez compris, si le web est décentralisé, son infrastructure, elle, ne l’est pas. Et c’est précisément ce qui le rend instrumenlisable.

Les gilets jaunes utilisent les services de messageries cryptées pour s'organiser

À cause de leur mainmise sur son infrastructure, Internet est une arme politique pour les États

Lors des Printemps arabes de 2011, on a vu qu’internet pouvait permettre d’apporter la démocratie, même là où la censure était de mise. En Tunisie, en Égypte, au Maroc, en Iran, en Jordanie, au Liban… Le monde arabe s’était embrasé. À chaque fois, le web avait fait office d’essence ; l’étincelle étant la volonté d’émancipation du peuple.

Plus récemment, les applis de messageries cryptées (Telegram, Signal, …) ont montré leurs bienfaits pour déjouer la police et les services de renseignements en cas d’actions de désobéissance civile. En France, les gilets jaunes les utlisent. À Hong-Kong, le Mouvement des Parapluies aussi.

Les cryptomonnaies, apparues il y a une dizaine d’années, ont également apporté la promesse de s’affranchir des banques et du pouvoir monétaire gouvernemental. La technologie blockchain sur lesquelles elles reposent sont également à l’origine de systèmes de gouvernance permettant une auto-gestion totale et équitable. C’est le cas des DAODecentralized Autonomous Organisation -, des organisations décentralisées dont les règles sont automatisées et inscrites de façon immuable et transparente dans une chaîne de blocs.

Mais toutes ces utilisations reposent sur internet et sont donc soumises aux imperfections du réseau que l’on a vu précédemment. En cas de coupure – comme cela est arrivé au Cameroun ou au Cachemire -, il n’y a plus rien. Plus de VPN pour contourner la censure. Plus de messageries cryptées pour échanger. Plus de DAO non plus pour s’auto-gérer.

Pour conclure, je terminerai sur une autre vulnérabilité d’internet. Le réseau et les terminaux que nous utilisons pour le consulter ont besoin d’électricité pour fonctionner. Et l’énergie est, encore une fois, dans les mains des États et des gouvernants…

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Internet est une arme politique... Mais au service de qui?
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Internet est une arme politique... Mais au service de qui?
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Internet est-il une arme d'émancipation pour le peuple, ou un instrument de contrôle pour l'État? Je vais tenter de répondre à cette épineuse question.
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